Biographie

Depuis que je sais lire, l'histoire me passionne. Celle que l'on flatte d'un "H" majuscule, la grande, l'universelle, avec des héros pour personnages qui refont le monde par la pensée ou au fil de l'épée. Mais j'aime aussi la "petite", celle du quotidien, des inconnus, de ceux qui tissent la vie sans plus laisser de trace que leur labeur éphémère ou leur descendance, éphémère aussi parfois. Les deux sont indissociables, se révélant en écho. (...)j'eus le bonheur d'avoir pour professeurs, Jean Tulard, Pierre Chaunu. C'est pourquoi mes études d'histoire à la Sorbonne dans les années 1980, où j'eus le bonheur d'avoir pour professeurs, Jean Tulard, Pierre Chaunu, Jacques Heers, André Corvisier, Jean Meyer et Henry Laurens, m'ont convaincue que je tenais là le sens de ma vie. Le goût de l'écriture s'est développé lors de mes expériences, d'abord dans l'édition, chez Gallimard jeunesse pour les nouveaux guides de Pierre Marchand, puis dans la presse féminine.

Après, mes livres sont nés au gré de rencontres : "Le Piège ethnique", publié avec Benjamin Sehene, un auteur anglophone, aux éditions Dagorno en 1999 sur le génocide rwandais; "Ces immigrés qui ont fait la France" avec Dimitri Casali, en 2007, chez Aubanel, en 2008, chez le même éditeur, "Nos années bac" pour le bicentenaire de l'examen crée par Napoléon et "Femmes remarquables au XIXèmes siècle", avec une préface de Jean Tulard, chez Vuibert, en 2008.

En 2015, j'ai la joie d'être lauréate de la bourse "Brouillon d'un rêve littéraire" de la SCAM pour l'écriture en cours d'une biographie d'Olympe Audouard, la féministe du Second Empire.

Liesel Shiffer

L'histoire, je la conçois avant tout à travers l'expérience humaine dont la biographie me semble une des approches les plus attrayantes. Et au risque de contredire Cioran qui, dans "Syllogismes de l'amertume", se moque ainsi de l'exercice : "Il est incroyable que la perspective d'avoir un biographe n'ait fait renoncer personne à avoir une vie", je lui préfère la réflexion de Marie Bonaparte : "(...) la biographie, aussi réelle et vivante que possible des disparus, ne les diminue pas. Ils survivent du moins dans le reflet, sur le papier, de leurs pensées et sentiments réels, autrement bien que s'ils n'y étaient figurés qu'en une froide et fausse idéalisation.

La biographie sert en effet une fonction autre et plus haute que la simple satisfaction de curiosités vaines ou malsaines. Pour ceux qui savent comprendre, et ceux-là seuls comptent parmi la foule des incompréhensifs, elle est une manière de communion avec une humanité élargie." (Apologie de la biographie dans "Psychanalyse et biologie")

En espérant que "mes" lecteurs trouvent autant de plaisir à découvrir toutes ces destinées que j'en ai eu à les écrire...

Liesel Shiffer